L’église

L’église Sainte Marie de Courçon fut donnée en 989 par le comte Cuillaume Fier-à-Bras à l’abbaye de Saint Jean d’Angely. Elle relèvera plus tard de l’abbaye de Maillezais. C’est aujourd’hui pour l’essentiel un édifice médiéval, malheureusement trop restauré. Les plus anciens témoignages sur son état, qui remontent au XVII ème siècle, parlent d’une église « grande, belle et voutée et bien pavée ». Cependant, en 1732, il importe de réparer la façade au-dessus de la porte, car elle menace ruine. Un peu plus d’un siècle après, la voûte de la nef donne des signes d’inquiétude : elle est « surbaissée par suite de l’écrasement des murs et piliers qui la soutiennent ». En 1867 cette voûte dut être déposée à grand-peine et remplacée par un berceau en briques. A l’aube de ce siècle, en 1904, une transformation radicale des toitures et de la silhouette de l’église fut conduite par l’architecte Auguste Cotton. Elle consista en la restauration très abusive du couronnement de la façade et de son échauguette centrale et en la création de parapets crénelés sur le clocher, le cœur et la sacristie.

Le long vaisseau, qui à partir de sa cinquième travée s’infléchit nettement vers le sud, appartient à l’époque romane tardive. Des colonnettes engagées relativement minces portent des chapiteaux refaits. Après la quatrième travée, deux colonnes sur dosserets portent un doubleau à double rouleau par l’intermédiaire de chapiteaux ornés de lions assis parmi les rinceaux, et de feuillages stylisés. Au-delà, le berceau en pierre a subsisté. La cinquième travée s’ouvre au sud sur la base du clocher couverte d’une coupole sur pendentifs « la seule de l’Aunis avec celle d’Ars-en-Ré » dont les départs sont portés par de courtes colonnettes sur corbeaux.

L’abside fut remplacée au XV ème siècle par un sanctuaire carré couvert d’une croisée d’ogives à liernes. Un peu plus tard, des chapelles furent créées au nord et au sud, couvertes de croisées d’ogives aux nervures toriques à listels au sud, ou prismatiques au nord. Ces adjonctions amenèrent le défoncement des gouttereaux du chevet qui furent percés d’arcade irrégulières dont certaines déterminèrent de hardis encorbellements.

Présentation extérieure de l’église

C’est sans doute au cours de la guerre de cent ans que l’église fut amenée à jouer un rôle militaire qui entraîna la création d’une salle haute sur la nef. Les murs furent considérablement haussés au-dessus du niveau primitif, niveau dont témoignent des rangées de modillons. Sur le côté sud, ils représentent des visages. Ces modillons sont caractéristiques du roman Saintongeais. L’épaisseur de la façade fut portée à plus de deux mètres et la porte fut protégée par un double mâchicoulis sur arceaux trilobés. Une inscription visible sur le contrefort nord-est du chœur nous apprend que ce pilier fut fait en 1681 par les entrepreneurs Bourdolle et Tricaux. Sur le contrefort suivant est sculpté un blason.

La toiture de l’église étant sur le point de tomber, elle est réparée en 1814. en 1902 de nombreuses parties de la toiture sont une nouvelle fois dans un état alarmant. La couverture établie en perches et roseaux, comme cela se pratiquait autrefois, n’est plus en état de supporter le poids d’un homme.De nombreuses perches sont rompues ou vermoulues. les roseaux sont pourris par les gouttières. Les travaux de réparation sont adjudiqués en janvier 1903. Certaines parties du mur sont consolidées, un contrefort de la façade nord est reconstruit, tous les bas de mur sont réparés. Des chéneaux sont mis en place pour recueillir les eaux de pluie. Des parapets sont mis en place pour les parties couvertes en terrasse.

Le clocher, légèrement rectangulaire, est de style roman. Très sobre, percé de quatre ouvertures qui ressemblent à des meurtrières, il était primitivement coiffé d’une toiture en pyramide obtuse à quatre pans. Refait en 1900, il possède aujourd’hui une coupole à pendentifs (la seule de l’Aunis avec celle d’Ars en Ré) et une cloche qui pèse 450 kilos. C’est certainement à cette époque que le clocher de l’église a été agrémenté de créneaux.

Présentation intérieure de l’église

La grande nef est romane, elle a été terminée au XII ème siècle et les deux chapelles latérales ont été achevées au XV ème siècle. Les voûtes de style roman à l’entrée de la nef laissent place à des voûtes de style gothique à la hauteur du chœur. les murs en moyen appareil ont été décrépis en 1870.

La voûte en berceau brisé à l’entrée était primitivement en pierre, comme les autres voûtes de l’édifice. Les contreforts d’origine étaient trop fluets pour remplir leur rôle. La voûte commença inévitablement à s’affaisser. En 1864, elle menace de tomber en ruine. La partie de la nef, entre la porte d’entrée principale et les voûtes latérales, est condamnée. En 1867, la voûte est abattue puis reconstruite dans la moitié de sa longueur. Elle est remplacée par une autre, plus légère et en briques. C’est sans doute aussi à cette époque que l’on renforça les contreforts, afin de stopper l’écartement des murs.

Cette voûte en briques était primitivement crépie par souci d’esthétique, mais de nos jours, certains architectes prétendent qu’il ne faut pas cacher les matériaux. Cette théorie n’est pas partagée par tout le monde, même aux Beaux-Arts.

Les chapelles latérales sont des adjonctions des XIV et xvème siècles. Elles ont servi darcs-boutants qui ont évité l’écroulement de cette partie de la nef principale. Pour faire communiquer ces chapelles avec la nef, on a percé les murs d’arcades disparates, séparées par des piliers. Dans ces chapelles, les arceaux des voûtes et les voussures sont saillants et offrent, en coupe, la forme d’une carène de navire. Le chœur a du être modifié à la même époque.

Présentation du vitrail qui domine l’autel

Le vitrail qui domine l’autel est de style gothique flamboyant, pourtant ses meneaux (nervures) ont été remplacés à la fin du XlX ème siècle et on ignore son tracé antérieur.

Ce vitrail, qui daterait de 1864-1967, représente de gauche à droite:

– Saint Guillaume : Ermite, mort en 812, canonisé en 1066. Peut-être une référence au Duc d’Aquitaine et Comte de Poitou, dit Guillaume Fier à Bras. Fête le 28 mai.

– Jeanne d’Arc (1412-1431 ) : dite Jeanne La Pucelle, vierge et martyre, canonisée en 1920. Fête le 30 mai.

– Saint Louis (12141270) : Roi de France, canonisé en 1297. Fête le 25 août.

– Saint Bernard (10901153) : Abbé cistercien, fondateur du monastère de Clairvaux, canonisé en 1174. Fête le 20 août.

Autres richesses de l’église

La plus remarquable est assurément une copie de la Sainte Famille de Raphaël, située sur le mur sud du chœur. Cette toile est du XVI ème siècle et son original est au Musée du Louvre. Ce travail est attribué à Jules, dit Le Romain (1499-1546) : Guillio Pipi de Jannuzi, architecte et peintre de l’école romaine, élève et collaborateur de Raphaël. Ce serait un don du Duc De La Rochefoucauld. Pendant la Révolution Française, il a été plié et caché dans une ferme des environs. D’ailleurs, on peut encore distinguer la trace des plis à certains endroits. Le dessin est très fidèle mais les couleurs sont plus pâles que l’original. La toile représente au centre Jésus et Marie, à gauche Elisabeth et Saint Jean Baptiste, à l’arrière Saint Luc et Saint Joseph.

Les vitraux des tribunes nord et sud datent des environs de 1900 ainsi que le chemin de Croix. Au milieu de l’allée centrale, côté sud, le vitrail de la Présentation de Jésus au Temple fut offert, en 1953, par l’Abbé Guérande, curé de la paroisse.à cette époque.

Les autels et retables des chapelles latérales sont du XVII ème siècle. Si, en 1663, les autels latéraux étaient dédiés à Saint-Jacques et à Sainte Catherine, ils l’étaient au Rosaire et à Saint Nicolas soixante-neuf ans plus tard. Et il faut sans doute y voir les deux retables actuels ornés de colonnettes couvertes de pampres. Celui de droite entoure encore un tableau du patron des marins, d’une bonne facture. Le retable du maître-autel a été démonté au XIX ème siècle. Il en reste des colonnes de bois sculpté et deux statues de bois de saint Pierre et Saint Paul

Le Maître-autel actuel, en pierre de taille fine, date du début du XX ème siècle. Il a remplacé un autel à baldaquin du  XVII ème siècle. Le devant de cet autel très abîmé et vermoulu est à la sacristie. Le baldaquin était soutenu par six colonnes de bois massif. Deux de ces colonnes encadrent le confessionnal, les quatre autres ornent les fonds baptismaux, qui eux, sont de style Louis XIV.

Le village de Nion, à trois kilomètres du bourg, fut longtemps une annexe de Courçon et possédait son église dédiée à Saint Maixent. Rétablie au XVII ème siècle, elle disparut peu à peu. A la fin du siècle, on y disait encore la messe quelquefois pendant la semaine.


Arc boutant : dans les édifices gothiques, organe externe reportant la poussée des voûtes sur un autre corps du bâtiment construit à distance et plus bas.

Mâchicoulis : au moyen âge, galerie construite en, encorbellement au sommet d’une muraille ou d’une tour fortifiée et dont le parterre comportait des ouvertures d’où on pouvait lancer des projectiles et 1 ou surveiller les alentours.

Modillon : ornements saillants, répétés de proche en proche sous une corniche.

Moven appareil: correspond à un module de pierre taillée, facilement manipulable à bras d’homme

Nef : partie d’une église qui s’étend depuis le chœur jusqu’à la façade principale. Une église peut se composer d’une ou plusieurs nefs.

Pendentif : triangle sphérique, concave, ménagé entre les grands arcs qui supportent une coupole.

Retable : dans les églises, construction verticale, peinte ou sculptée, placée à l’arrière d’une table d’autel.

Voussure : petite voûte au-dessus de l’embrasure d’une ouverture (baie ou portail).